"... je cherchais un territoire propre que j’étais bien incapable de définir. J’étais pourtant persuadé qu'en présence de cet espace inconnu, je saurais. En attendant, j’apprenais à collecter parcimonieusement quelques flatteries venues du ciel mais encombré du sentiment d’être l’écho d’un langage inculqué. Je me contentai de cerner mon espace : le carré.
Ce matin d'automne une lumière émergeant de sa torpeur embrumée m’avait poussé vers les rochers. Les plis spectaculaires du schiste attirent inévitablement l’attention. Je longeais la falaise, au hasard. Et puis là, face à moi une verticalité soudaine barrait un intense flux horizontal.
C’était comme avoir parcouru longtemps un corridor ombreux avant d’apercevoir une porte entrebâillée ouverte sur des signes inconnus mais familiers.
Une matière rugueuse retenant dans ses rides une clarté fuyante, à l’image du monde exposant sa matière à l’évanescence des lumières. Un dépouillement pour atteindre une évidence rythmique, sinon contaminée, car la photographie est toujours déjà encombrée du réel. En somme, révélé par un éclairage presque anodin, un presque rien. Mais un presque rien empli de monde.
Depuis la porte entrebâillée, je continue à déambuler en territoire propre, sans certitude, à la merci des failles qui déchirent de temps en temps le rideau fade que l’habitude pose sur le monde."
F.W. à André Sauge, 21 juin 2017