Un catalogue raisonné répond au besoin de retracer le parcours d’une œuvre. Assez tôt j’ai établi une liste exhaustive des tirages réalisés. Avec ce mélange d’enthousiasme et de doute qui m’accompagne depuis le début de mon ouvrage, j’ai collecté ce qui me semblait devoir être retenu pour je ne sais quelle postérité. Et puis le doute, fidèle et salutaire compagnon de ma route, vient saper l’enthousiasme avant que celui-ci ne devienne un peu hâtivement une certitude. Alors, il faut remettre l’ouvrage sur le métier : cribler la matière pour n’en retenir que l’actuelle certitude, celle tournée vers une œuvre en devenir. Jusqu’à l’inachevé.
Voici le début d’une sorte de catalogue raisonné revisité - un catalogue raisonnable - une infraction au code de la bienséance artistique.
Pour commencer, ce tirage d’août 1975, intitulé La belle journée, échappe à la coupe claire. La lumière embrumée inonde un matin de mes 22 ans. Un trait luisant sur la route paraît accompagner mon chien. Aujourd’hui, je sais la vaste insouciance de ces temps-là et la dimension nostalgique qui désormais l’encombre. Pourtant, presque au centre du tirage, il y a un petit carré de lumière grise, encore assoupie, insondable, ouvert sur l’inconnu et dont je ne me lasse pas, parce que l’inconnu me met en mouvement.
FW