Après des études de photographie, je n’eus guère le loisir d’explorer librement ce que je venais d’apprendre. Il y eut d’abord les « obligations militaires » qui préemptèrent une première année, puis quelques expériences professionnelles autant indispensables qu’affligeantes.
C’est au printemps 1975 que j’ai découvert le village de Cordes-sur-Ciel. Par l’entremise d’un mécène, j’ai pu m’installer dans la maison Ladevèze, une vaste demeure moyenâgeuse pas encore restaurée, avec en façade une galerie ouverte sur la Grand Rue. Je procédais le matin à l’accrochage de tirages punaisés sur de vieilles lames de bois, puis le soir je décrochais. Les visiteurs faisaient un bref détour par cette exposition singulière. Quand la recette du jour était insuffisante, Marcelle, l’épicière dont j’avais tiré le portrait, offrait le beurre ou ce qui pouvait manquer. L’insouciance de ces années imprégnait la cité médiévale toute entière. Les amitiés se nouaient sans façon, les amours se dénouaient sans égard; seul, le passé forgeait insidieusement sa nostalgie.
Il pleuvait donc sur Cordes ce lundi 25 août. À la faveur d’une embellie, un couple d’inconnus, escorté par mon chien, descendait vers la Porte des Ormeaux sous un soleil dissipateur. Nous étions séparés par un rideau ténu de pluie, comme par des larmes de lumière. Je pensais à mes parents que j’avais laissés en Bretagne.
FW